30.01.2009

Ah si tu pouvais fermer ta gueule !

Je reproche aux blogueurs, et à ceux de ma blogroll en particulier, deux travers :

- Ils traitent souvent de sujets qu’ils ne connaissent pas, comme la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008.

- Ils se prennent pour des justiciers, en se mêlant d’affaires lointaines. Sur ce blog-même, a été évoqué le cas marseillais via le billet d’une lectrice. Certes, toute société démocratique nécessite la confrontation des opinions. En revanche, comme vis-à-vis des journaux, il faut que le lecteur de blog prenne du recul même s’il aime bien le blogueur.

Prenons la situation en Haute-Garonne, département qui m’est cher. Je n’ai pas voulu écrire dessus mais 3 blogueurs m’y ont indirectement encouragé.

Chantal a fait un billet, très correct, s’intéressant à la grève du froid du Président départemental du MoDem. Au passage, je sais que c’est une de mes lectrice les plus fidèles et je l’en remercie (à moins qu’il y ait tout un groupe de lecteurs de sa ville).

Mon blogueur préféré, Kag a fait un billet mi-figue, mi-raisin, ne disant pas grand-chose. Il croit qu’il est dans le vrai parce qu’il suit bien les actus locales et parce qu’il vit en Aveyron. A force de vouloir publier tous les jours, on finit par ne plus rien écrire.

L’excellente blogueuse Hypos nous fait un billet, comme trop souvent, compassionnel. Elle a dû sympathiser avec le Président du MoDem 31 sur e-soutiens ou dans une réunion groupusculaire. Elle nous fait un billet provoc, destiné à capter du lecteur et à encourager un fan club de commentateurs, dont le niveau de réflexion s’approche du zéro. A part lui dire « bravo », ils ne disent rien.

Mes agneaux, voici mon interprétation des faits :

Le Président du Mouvement Démocrate a en effet largement été élu à la tête du Modem 31, il doit donc « gouverner ». Toutefois, un recours (juridique) a été signé par 20 personnes, dont je fais partie.

Redisons-le : la liste victorieuse est un ramassis des pires personnes au MoDem : poujamodémistes, une raciste-homophobe notoire, des has-been de l’UDF et presque tout ce que le MoDem compte de bisounours. Heureusement, il y a quelques personnes de qualité dans cette liste qui font que des commissions se sont mises en place.

Mais peu importe : ils se sont entredéchirés. Entre personnes de la même liste ! Au bout de même pas 15 jours. Je n’ai empêché personne de travailler, car je suis un « démocrate ».Ce n’est pas vraiment les actions de la minorité qui ont gêné, car la minorité ne gêne jamais vu qu’elle est…minoritaire.

Bref, le Président du MoDem 31 a fait dernièrement une grève du froid, action isolée et non concertée. Il a non seulement posé des problèmes supplémentaires aux grévistes mais a dû apparemment partir un moment pour raisons familiales.

Entre temps, une mise sous tutelle du Mouvement Démocrate 31 ; devenu ingouvernable, est prononcée par Paris. Le lien entre la grève du froid (why not au fond ?) et la tutelle n’est pas avéré.

Mais que s’est-il donc passé pour en arriver-là ?

Alors là, je vais vous décevoir mais je n’ai pas un panorama objectif des faits pour oser vous en parler.

Nous sommes abreuvés de mails de pseudos nouveaux adhérents, les uns défendant le Président, les autres, membres de sa liste qui lui vomissent dessus et nous font 4 pages de blablas idiots. S’ils passaient plus de temps à tracter qu’à nous pondre leurs mails puérils, on irait mieux. Ces gens-là, alors qu’ils ont tous au moins la quarantaine, agissent comme des gamins. Sincèrement, ils n’ont que ça à foutre ? C’est le MoDem ? Un club de réflexion dans lequel les gens blablatent en réunions ou par mail. Heureusement que les trois conseillers municipaux toulousains organisent des réunions de travail à propos de la vie municipale toulousaine. Toutefois, on peut regretter l’absence de blog, alors qu’une personne très calée en la matière accepterait d’aider.

Il faut bien que ce soit redit : ce fut une erreur d’élire le Président du Mouvement Démocrate 31. Certes, il n’a pas tous les défauts : il a su allier des gens différents, il a compris avant d’autres l’intérêt d’internet, il sait communiquer auprès des divers médias. Mais c’est quelqu’un d’instable, qui a apparemment des problèmes relationnels avec son équipe, et quelqu’un plus concerné par son propre intérêt que par la survie du parti. Et ce sont des euphémismes qui viennent d’être écrits…

Rectificatif : les élus MoDem au conseil municipal ont mis en place un blog : Toulouse démocrate.

29.01.2009

Des hommes d’honneur dans le service public

Une information sur le 6 minutes M6 m’a interpellé : des agents EDF du sud-ouest ont fait grève tout en allant travailler (donc gratos) pour rétablir les lignes.

Bravo. Chapeau. Ce n’est pas la première fois que j’entends parler de personnes du service public qui font des heures sans être payées pour se dévouer aux autres. J’ai même connu un chargé de TD qui faisait du soutien scolaire gratuit car il avait constaté des lacunes. Mais que voulez-vous, c’est un bourgeois pourri par le fric : il n’est pas de gauche.

27.01.2009

Cette gabegie financière me donne envie de gerber.

Il est temps que l’Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics se serrent la ceinture pour se concentrer sur leurs vraies tâches.

Ces personnes publiques ne font pas ce que ne font pas 95 % des Français : « un sou, c’est un sou ». Le génie des Français est là : ils se mettent à trouver plein de combines pour grappiller. Ce n’est pas de l’avarice. C’est de la survie.

Il n’y a pas de petites économies. Plusieurs conduites à mettre d’urgence en place :

-Supprimer les cérémonies de vœux. Que des dizaines ou des centaines d’administrés se gavent alors que des gens font la queue au Restos du Cœur, c’est indécent. Bravo aux quelques communes qui l’ont fait. Les invités sont toujours les mêmes. Le rôle des collectivités locales n’est pas d’aider les producteurs locaux par ce biais-là. Je me rappelle que ma mère avait souhaité ses vœux auprès de Georges Frêche pour être invitée au Zénith dans lequel la réception était « somptueuse ».

-Supprimer la Garden Party de l’Elysée, souvenir de la Cour d’Ancien Régime.

-Supprimer les cocktails au champagne dans les facultés. Il parait que les universités manquent d’argent. Moi, j’en trouverai.

-Diminuer les frais de bouche des ministères et de l’Elysée. Ok, je veux bien que quand Barack Obama vienne nous voir, il soit « bien reçu ». Mais quand Villepin a osé sortir en fin de fonction des grands crus classés, c’est immoral. Les ministres français doivent être soumis, comme leurs homologues nordiques, aux « tickets restos ». Bien sûr, ne tombons pas dans leurs excès : il ne faut pas rogner sur leurs services de sécurité.

-Contrôler l’argent de l’Elysée : la Présidence de la République n’a pas à payer quand elle reçoit les parlementaires UMP, c’est à l’UMP de payer.

-Réformer le système de retraite des parlementaires.

-Arrêter d’agir sur tout : je ne suis pas convaincu, en bon libéral que je suis, de la nécessité de sauver toutes les banques. Des TPE et PME meurent tous les jours et tout le monde s’en fout, alors que l’emploi se joue là. Bien sûr, ce n’est pas médiatique, donc nos concitoyens s’en moquent. Une conseillère régionale de la région Ile-de-France a gagné devant le juge administratif en faisant prononcer une annulation d’une subvention du conseil auprès d’une association en Amérique du Sud. Son recours était juridiquement très solide. En théorie et pour faire bref, une collectivité territoriale ne doit agir qu’en fonction de « l’intérêt local », notion floue. C’est au niveau étatique que l’aide au développement auprès des pays étrangers doit se faire. En Languedoc-Roussillon, une association de contribuables est parvenue à faire annuler des subventions de la ville de Montpellier et du Conseil Régional auprès d’une association… maçonnique. Clientélisme électoral.

La dette s’aggrave de plus en plus. Il ne peut y avoir de grandes économies, charcutées par des technocrates. Il faut pratiquer les petites économies : frais de téléphone à surveiller (à la faculté, ils ont mis deux ans à couper un téléphone qui servait à mes collègues pour appeler leurs potes, en général à l’étranger), courriers électroniques à systématiquement instaurer, frais de réception à diviser, déplacements à contrôler.

Ah oui, la conseillère régionale en question, c’était… Marine Le Pen.

23.01.2009

Les puissants, c’est fait pour être puissant, et les faibles, très faible !

« Monsieur,

Vous avez cru devoir m'adresser une lettre de rappel en date du blabla relative à la thèse que vous réalisez actuellement sur blabla. Vous souhaitez connaître blabla

Vous comprendrez que la mission de la préfecture n'est pas nécessairement de répondre à toutes les demandes d'enquêtes, études, thèses diverses.

Toutefois, afin de vous être agréable [sic], je vous indique que blabla

Avec mes sentiments les meilleurs ». Qu’est-ce que ça donnerait s’ils n’étaient pas les meilleurs ?

Billet d’humeur et à chaud. J’ai récemment contacté l’ensemble des préfectures de France. Moins d’une sur deux m’a répondu. Ma technique ? Ecrire au secrétaire général et le relancer au bout de deux mois.

Vous avez devant vous un mail de réponse d’un directeur de service. Je vous passe le mail d’une autre préfecture qui se résumait à un « Département 2008 : 0 » plus sec, mais au moins synthétique.

Ce mail m’agace pour plusieurs raisons :

Le directeur m’envoie valser parce qu’il a dû se prendre un rappel par sa hiérarchie. S’il avait répondu au premier courrier, il l’aurait évité. D’ailleurs, ce n’est pas à lui que j’écris…

Si j’avais été quelqu’un d’importance, un élu, un chef d’administration, pensez-vous qu’on m’aurait parlé de la sorte ? Faut-il s’appeler Jean Sarkozy ou Pierre Izard pour obtenir une réponse ? Il y a des jours où je dois fermer ma gueule parce que je fais partie de la quasi-totalité des citoyens lambda. N’importe quel citoyen n’a pas le droit de constater l’action publique ?

La mission d’une préfecture (bien que je donne en partie raison à un collègue qu’il me dit « ils ont autre chose à foutre ») est de centraliser ce qui se passe au niveau des collectivités locales. Je n’allais quand même pas envoyer 36 000 courriers à toutes les communes pour vérifier l’objet de ma thèse. Bien sûr, j’avais déjà contacté la Direction Générale des Collectivités Territoriales mais elle enquête tous les 3-4 ans.

On reproche aux chercheurs (du doctorant au grand professeur) de ne rien foutre. Et quand on cherche, on se fait sans arrêt envoyer balader de services en services. Si vous aviez le nombre de courriers, appels téléphoniques auprès de divers acteurs pour au final ne presque rien obtenir…

Bien sûr, ce sont des exceptions : la grande majorité fait son travail correctement. Il existe même des personnes dans les préfectures et les mairies qui m’ont envoyé des dossiers d’une richesse extraordinaire. Et ce, sans me demander de payer les photocopies (ce qu’ils sont en droit de faire). La seule qui m’a demandé de payer pour 3 articles de presse fut la commune de Sète. Mais comme dirait feu mon grand-père « Les Sétois sont une sale race ! » (à prendre avec humour).

22.01.2009

Bordel dans la cité phocéenne.

Aujourd’hui, ce blog est ouvert à notre camarade Fotini, bien connue des blogueurs. Après un clin d’œil amical que je lui fais dès le titre, voici ce qu’elle a voulu publier ici.

 

Bonjour,

Je profite du billet de François Blanche du 20 janvier pour faire le point sur "l'affaire marseillaise".

Pour ceux qui la découvrent, il s'agit de faits qui se sont déroulés les 26 (réunion de campagne) et 27 septembre (élections des instances départementales) derniers à Marseille. A deux reprises, deux militants du Modem se sont fait agresser physiquement et apparemment de façon préméditée, par François-Xavier de Peretti, membre de la Commission de Conciliation et Contrôle (CCC), cette même instance sensée veiller au respect des principes et valeurs démocrates au sein du MoDem.

Quelle que soit l'origine des différents qui ont pu opposer François-Xavier de Peretti et ces deux militants, différents qui s'inscrivent dans un cadre politique local, , je soutiens ouvertement en tant que militante du Modem Paris la démarche de l'une des victimes (soutenue par l'autre) qui consiste à déposer un recours devant la CCC afin que ces faits, qui concernent directement le comportement a priori peu civique et exemplaire d'un membre de la CCC, soient étudiés.

Il n'est cependant pas évident de recueillir les 20 signatures requises pour le dépôt d'un tel recours, ce qui, à mon avis, pose vraiment problème quant au fonctionnement de notre parti :

- la plupart des militants du département de François-Xavier de Peretti craignent apparemment de se faire "griller" dans les instances locales

- des militants d'autres départements craignent de se faire instrumentaliser dans un litige qui les dépasse ("ça s'est passé à Marseille"), oubliant qu'on ne leur demande pas de statuer sur les faits mais de soutenir une demande d'étude impartiale des faits par la CCC, qui est une instance nationale, et dont un des membres, mis en cause dans cette affaire locale, a par conséquent aussi des fonctions et responsabilités au niveau national !

- d'autres attendent que ce soit François Bayrou qui tranche la question !

- d'autres, après s'être dits publiquement révoltés par ces évènements, sont désormais inscrits aux abonnés absents alors qu'ils pourraient très franchement donner une réponse négative à cette demande de signature

- nous avons même des candidats à une nomination à la CCC qui soutiennent cette démarche mais qui craignent de compromettre ainsi leur nomination au sein de cette même instance (ce que je trouve personnellement contradictoire même si je peux le comprendre d’un point de vue tactique).

Ce que je trouve inquiétant, c'est qu'on voit avec ces blocages les limites objectives de ce genre d'instance.

Pour rappel, les membres de la CCC vont prochainement être renouvelés ou reconduits dans leurs fonctions. Il serait à mon avis légitime de poser clairement à cette occasion la question de ce qu'on attend déontologiquement de cette instance et des membres qui la composent.

Je vous livre ci-dessous les liens vers les blogs qui ont parlé de ces évènements (avec commentaires éclairants des soutiens de part et d'autre) et surtout l'article de rue89 qui donne la réaction orale "à chaud" de François-Xavier de Peretti :

http://www.rue89.com/marseille/2008/11/10/marseille-baffe...

http://wernerb.free.fr/?p=1436

http://journal-de-coccinelle.over-blog.com/article-233556...

http://patricemars.blogspot.com/2008/10/rappel-du-tmoigna...
http://barrejadis.azeau.com/post/2008/10/23/A-Marseille-l...

http://www.lepost.fr/article/2008/10/09/1283706_modem-mar...

http://venitiennes.wordpress.com/2008/11/04/fraternelle-a...

A vous de juger en fonction de votre conscience militante et démocrate.

Fotini

(ma réponse et celle de Fotini en commentaires)

20.01.2009

Trop de gays au MoDem ?

C’est un billet au titre provocant, mais qui pose bien la question. Teddy m’a déconseillé de l’écrire. C’est le meilleur moyen pour me pousser à le faire.

Il m’est permis de l’écrire car on ne peut m’accuser d’homophobie. Il arrive que les gays soient homophobes. Cela peut vous paraître surprenant, mais c’est parfois le cas au début de leur vie sexuelle : on rejette ce qu’on craint d’être.

A première vue, il y a énormément de gays au MoDem, surtout chez les jeunes. C’était même le cas à l’UDF. Il y en a beaucoup, dans tous les partis, y compris au Front National. Jean-Marie Le Pen parlait de son Paquebot comme de sa « cage à poules ». J’ai des copains à l’UMP, on les appelle les « honteuses » car ils ne l’ouvrent pas beaucoup dans ce parti.

Les gays ont adopté, depuis longtemps, une stratégie : il faut faire changer les choses en investissant les partis politiques. D’autres minorités ne le font pas encore : par exemple, les personnes de couleur. La discrimination positive serait inutile si l’ensemble des Français investissait en masse les partis. Il devrait le faire car les mentalités changent. Les gays ont été ambitieux et courageux : c’est grâce à eux, au sein du MJS, que le PACS fut voté. Avec la droite, on aurait attendu 10 ans de plus.

Donc au MoDem, il y a des adhérents gays, une association de démocrates gays, et on retrouve pas mal de gays dans des fonctions de responsabilité.

Mais sont-ils trop nombreux ? La réponse est négative. S’ils sont proportionnellement supérieurs à ce qu’ils représentent dans la société française, c’est plutôt aux autres de venir au MoDem. Entre d’autres termes : qu’ils restent mais que d’autres arrivent. Ils montrent que ce n’est pas avec la violence, la marginalisation, la provocation et la victimisation que les choses bougent : il faut changer le système de l’intérieur.

L’autre argument qui serait invocable serait le risque d’un communautarisme. Je vous rassure tout de suite : il n’y a pas de communautarisme gay au MoDem. Cela signifie qu’un adhérent gay ne réfléchit pas vraiment en tant que gay sur les sujets de l’ensemble de la société, sauf en ce qui concerne le libéralisme des mœurs. Les gays au MoDem font juste attention à ce que les débats s’ouvrent et à condamner toute prise de position rétrograde d’un adhérent.

Ayez conscience qu’un gay ne réfléchit pas en fonction de sa vie sexuelle ou sentimentale. Quand il enseigne, il ne fait pas un enseignement gay. Quand il cuisine, ce n’est pas de la cuisine gay qu’il offre à ses clients. Quand il ramasse les ordures, ce n’est pas un ramassage gay. Quand il juge, ce n’est pas une justice gay qu’il délivre.

Bien sûr les gays tissent des liens d’amitié entre eux, notamment pour faire la fête. Ils sont parfois des bringueurs tardifs car la vie leur permet d’échapper à d’autres contraintes. Mais n’allez pas croire qu’il y aurait une solidarité spécifique entre eux : les coups les plus bas, y compris en politique, se font en général entre eux.

Les jeunes gays doivent beaucoup aux combats de leurs aînés. Attention : il y a toujours eu dans l’histoire des mouvements d’avancée et de recul. Le recul ne doit pas provenir du MoDem.

15.01.2009

Itinéraire d’étudiants gâtés et d’un examinateur paumé

 

 

Mardi soir, je me retrouve à devoir faire passer des examens oraux, dès le lendemain, dans une matière non maîtrisée : les libertés publiques.

Je croise Etienne, à la BU qui s’amuse du fait que je compte me replonger dans cette matière, via un « mémento » (MIP MIP s’en sert aussi pour revoir le droit civil…).

Un collègue me dit « Mais quelle honte que ça soit toi qui fasses passer ça alors que tu n’y connais rien ! ». Mais non, mon grand, je suis un juriste chevronné.

Levé à 6h, TER et me voilà, fatigué d’une nuit agitée à potasser.

Mes limites sont flagrantes mais je sus m’en tirer :

« Monsieur, je ne sais plus si c’est l’article 3 ou 4… »

« Mademoiselle, c’est moi ici qui pose les questions… »

Les étudiants ont le don de s’auto-casser : « Il y a 2 principes, j’ai oublié le second ! » (Idiote, je ne connaissais même pas le premier. Du coup : « c’est dommage ça ! »).

Une étudiante évoque devant moi le respect de la vie privée. Elle évoque son refus d’Edwige. Je lui demande si elle est sur Facebook. Affirmatif. « Avez-vous vu le groupe "T’es contre Edwige et t’es sur facebook !” » ?

Une autre arrive, et ce fut une des seules qui arriva avec un joli sourire :

« Bonjour Mademoiselle, vu que vous êtes aimable et souriante, choisissez votre sujet ! ». Et après, on dit que je suis une peau de vache… Mes chers lecteurs, n’oubliez jamais d’être aimable, ça finit toujours par payer.

Une autre, interrogée sur le droit de disposer de son corps, affirme péremptoirement et comme un cheveu dans la soupe :

« La sodomie est interdite aux USA ! ». Je m’en fous, je passe toutes mes vacances en Cévennes…

Une autre, sur le droit à la vie, déclare :

« Les homosexuels ne peuvent faire d’enfant ! ». Je la coupe :

« Pourquoi ils sont stériles ? »

« Ben non (me dit-elle sur un air « patate, va ! »), ils sont homosexuels ! »

« Et alors, ils ne peuvent pas concevoir ? »

« Ben, ils couchent avec des personnes du même sexe ! » sur un air « décidemment, il est très bête, lui !».

« A la rigueur, imaginons qu’ils n’y arrivent pas. Dois-je vous faire un dessin des autres techniques ? » (En fait elle voulait évoquer l’impossible procréation médicalement assistée en France mais elle n’imaginait pas que des simples pipettes pouvaient suffire…). Passons…

Les notes sont bonnes à l’oral sauf pour les 3 qui ont paniqué : tics nerveux, tremblements et voix inaudibles : « Mais respirez Mademoiselle ! ».

Le meilleur pour la fin : Un jeune homme. BCBG. Une coupe à la Bernard-Henri Lévy. N’ayons pas d’a priori et prônons l’égalité des sexes en lui demandant à lui aussi de choisir :

« Bonjour Monsieur, vous voulez être interrogé sur quoi ? »

« Euhhhhh, c’est votre travail ! »

Bien répondu. Très bon étudiant. Sans faire exprès, je lui fais du pied. Il va s’imaginer de ces trucs, après… Et voilà que j’agis dans toute ma splendeur : au lieu de dire « Où est la Cour Européenne des Droits de l’Homme ? », je beugle : « Elle est où la Cour de Strasbourg ? ». Lamentable. 16 sur 20. Bon orateur. Né pour réussir, il a quand même le droit à un de mes fameux : « Vous avez été bon, mais la prochaine fois, mettez-au moins une chemise ! ».

12.01.2009

Les mangeurs de cuisse de grenouille

En sortant du film L’échange, je fus gêné. Je trouve que ce film est un hymne à la peine de mort.

Je suis quelqu’un de très contradictoire : populiste et démocrate, je pense qu’il faut que chacun puisse donner son avis. Dans tous mes travaux, dans toutes mes réflexions, je combats notre démocratie ultra-représentative. En revanche, je suis élitiste et très critique sur les Français. Je perds chaque vote, chaque référendum. Mais je m’y plie. Je suis toujours dans la minorité sauf quand je parle aux 8-12 % de Français de centre-droit. On ne va pas refaire le monde à nous-seuls : on se contente de voir que les politiques se mènent, dans les faits, au centre, sauf en matière européenne et pour la dette publique.

Je suis conscient que les intellectuels font des âneries, que le bon sens populaire pourrait éviter. La République de Weimar était une des civilisations les plus brillantes et elle ne sut rien empêcher.

Je ne peux pas m’empêcher de trouver les Français « cons ». Je suis sidéré par l’absence de culture de nos compatriotes sur tous les domaines. Le niveau des étudiants de première année de droit est lamentable. Au MoDem, beaucoup d’adhérents n’y connaissent rien en politique. Ils sautent comme des cabris en disant « formation, formation ! » mais bordel, qu’ils se prennent par la main et se forment en lisant des bouquins. Ils sont adultes, ils n’ont plus besoin d’un enseignant pour connaître les modes de scrutin. Je suis fatigué d’entendre les paroles de comptoir (que je fréquente pourtant), fatigué des conneries déblatérées par mes proches.

Pourtant, les Français sont courageux dans les épreuves. Ils ont un génie bien qu’ils ne veulent pas travailler. Ils croient que leurs talents feront qu’ils seront premiers sans effort. Ce sont des gens généreux, élégants (mais sales), drôles, inventifs, démerdards. Impérialistes et arrogants, ils sont pourtant d’une humanité touchante.

J’adore les Français et j’adore mon pays. Je ne partirai pour rien au monde. Que de contradictions !

Ce billet part dans tous les sens, un peu comme mon opinion sur notre peuple. Ce billet est con et je vous prie de m’en excuser. Pourtant, avant ces élections européennes, il faudrait bien savoir qui nous sommes… Des plus sérieux et compétents que moi devraient s’y pencher ici ou ailleurs (surtout ailleurs pour le bien du pays).

08.01.2009

L’Europe, ce bouquet mystère…

L’Europe est un bouc émissaire depuis le début. Mais elle est aussi, bien que ce n’était pas ce qu’avait voulu dire un étudiant, dans une copie, un bouquet mystère.

Tout dépend de ce que veut chaque peuple. Au fond, 4 ans après, il va y avoir un débat sur la France et ce que veulent les Français. Les Français s’opposent sur le devenir de leur pays, avec en leur sein, deux camps extrêmes :

Les premiers, majoritaires, sont des nostalgiques de Napoléon, sans connaître la période. La stratégie du « retour en arrière » est une chimère.

Les seconds, dont je fais partie, sont clairement pour des Etats Unis d’Europe, un Président européen, une armée, bref un système fédéral. Les seconds ont perdu et sont des doux rêveurs. Reste à ce qu’ils disséminent quelques idées dans les égoïsmes nationaux.

Pour répondre à la chaîne de Claudio, je conseille à tous de lire avant les élections, L’Union européenne, de Jean-Luc Mathieu (conseiller maître à la Cour des comptes) dans la collection « Que-sais-je ? ». Cette collection est malheureusement un peu en désuétude depuis les « livres pour les nuls ».

L’auteur, pro-européen, mais homme pragmatique et lucide, montre pourquoi l’Europe ne marche pas. Le seul défaut de cet ouvrage est de s’adonner parfois à un catalogue de citations des divers traités. Ce livre est parsemé de réflexions personnelles et pertinentes, en sus des réflexions d’hommes politiques et spécialistes du sujet. Reprenant Michel Rocard, il souligne en quoi à défaut d’être une union européenne, l’Europe est « un espace de paix régi par le droit ». C’est exactement ça, pour nous les juristes, l’Europe, c’est du contentieux.

Pour « sauver l’Europe », victime entre autres des élargissements légitimes en théorie mais inefficaces sans réformes des institutions et approfondissement, il faudrait créer un « noyau dur » d’Etats, par exemples avec ceux de la zone euro : « Un tel groupe d’Etats signerait un nouveau traité fondamental européen qui constituerait le noyau de la fédération. Et, sur la base de ce traité, il y aurait des institutions propres, un gouvernement qui devrait parler au sein de l’Union européenne d’une seule voix sur le plus grand nombre de questions possibles, un parlement fort, un président élu directement. Un tel centre de gravitation pourrait être l’avant-garde, la locomotive pour l’achèvement de l’intégration politique et contenir déjà tous les éléments de la fédération future ».

05.01.2009

5 euros…

Voilà la somme qui a nourri un débat dans ma troupe de théâtre. Figurez-vous que nous jouons samedi du café théâtre. Je retrouve les planches, presque dix ans après, pendant que d’autres en rêvent. Ca sera sympa mais ça coûtera 5 euros au spectateur.

Au cours d’une répétition sans la prof, j’ai suggéré l’idée qu’une place soit offerte à chaque comédien pour qu’il puisse l’offrir à la personne de son choix (compagne, compagnon, etc.).

L’idée a surpris une copine du théâtre, passionnée par ma vie sentimentale.

Une copine me soutint immédiatement et affirma qu’il était inadmissible que son compagnon paie pour venir la voir. Une autre personne, absente, serait de notre camp.

C’est là que deux institutrices de la troupe s’opposèrent fortement avec ces arguments :

- « Oh, il faut bien faire vivre l’asso !»

- « La somme demandée, ce n’est rien ! ».

- « On n’est pas à 5 euros prêts ! ».

C’est le dernier argument qui m’a fait bondir :

- « Comment ? Toi qui es instit, tu ne constates pas que tous les jours, dans ton taf, qu’il y a des familles qui sont à 5 euros prêts ? J’ai des étudiants qui vont au resto du cœur et même une qui fait la pute ! »

- « Mais notre entourage peut payer ! »

- « Oui ben écoute, 165 euros le théâtre l’année, je ne pourrai peut-être pas l’an prochain alors que j’adore ça »

- « Te plains pas, à Paris, c’est 45 euros par mois ! »

- « Mais on est à Verdun-sur-Garonne, bordel ! »

- « C’est le prix d’un paquet de clopes… »

Aïe, l’argument fait mouche et ce que me dit ma mère depuis qu’elle sait que j’ai recommencé à fumer : « Quand on a du fric pour les clopes, on en a ! ».

Le reste de la troupe pencha plutôt pour les institutrices. Au passage, comme il n’y a pas de crapaude dans ma vie, la place aurait été pour une blogueuse en difficulté qui se reconnaitra si elle lit ces lignes, car elle aimerait venir.

Les Français ont toujours une imagination débordante pour réduire des coûts, ils sont astucieux, malins et tant mieux, parce que vu ce qu’ils chargent à côté…

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