19.08.2009

Ségolène Royal promet l’organisation d’un référendum local en Poitou-Charentes.

C’est du moins ce qu’elle va faire. Le Figaro publie un article disant que Ségolène Royal va mettre en place les jurys citoyens afin de dynamiser sa campagne. C’est oublier que Mme Royal adopte souvent ce principe : « Citius, Altius, Fortius ».

Les médias, les adhérents PS et les citoyens se sont beaucoup moqués de la candidate aux élections présidentielles lorsque celle-ci évoquait la « démocratie participative ». Ils avaient l’impression qu’elle sortait ceci de son chapeau.

C’est une erreur. Mme Royal s’intéresse à ces thèmes-là depuis fort longtemps. Déjà en 2002, elle était le porte-parole du groupe P.S. à l’Assemblée nationale au moment de la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 qui a notamment légalisé le référendum local.

Voici ce qu’elle déclara, entre autres :

« Le groupe socialiste défendra la République des citoyens, en proposant d’intégrer dans la

Constitution le principe de la démocratie participative et de développer la mise en place de contre-pouvoirs dans une démocratie adulte. Les élus n’ont pas tous les droits, ils ont d’abord des devoirs,... ».

Et aussi ceci :

« Autre expérience intéressante : les jurys de citoyens tirés au sort. Ils fonctionnent à Berlin, depuis une quinzaine d’années, au Danemark, en Espagne, et viennent parfois s’ajouter à d’autres procédures. L’expérience a été tentée avec succès en France à propos des OGM et de sujets ayant trait à la santé et à la bioéthique ».

Vous voyez bien qu’elle avait déjà réfléchi sur ces thèmes. A la rigueur, ces adversaires les plus acharnés pourraient dire que c’était les seuls vrais thèmes qu’elle maîtrisait lors de la campagne de 2007.

Mme Royal a toujours compris le poids des médias. Elle va donc proposer aux électeurs d’organiser référendum local (ou plutôt une consultation) en Poitou-Charentes parce que c’est une attraction journalistique. La différence entre les deux ? Le référendum est juridiquement décisionnel, à savoir que l’avis posé par les électeurs doit être suivi par le conseil régional. Pour la consultation, ce n’est qu’une obligation politique.

Le référendum, procédé plus noble, a cependant un inconvénient : pour être valable, la participation des électeurs doit être égale à 50 % des inscrits. Mme Royal avait justement souhaité un seuil, mais pas forcément si élevé. Vous imaginez combien il serait difficile de trouver un sujet mobilisateur susceptible d’intéresser au moins 50 % des électeurs dans une région.

Précisons d’emblée la date du référendum ou de la consultation : après sa réélection. En effet, la loi interdit ce type de votation 6 mois avant le renouvellement de l’assemblée concernée. Les prochains élections auront lieu en mars 2010, il est donc trop tard pour organiser légalement et convenablement un référendum ou une consultation. En plus, on lui reprocherait une manœuvre.

Autre souci, le coût de cette votation. Je l’ai estimé à environ 2,1 millions d’euros (remboursement des frais auprès des mairies pour l’organisation du scrutin + frais de campagne). Mme Royal pourrait un peu rogner dessus ou augmenter. Budget de la région Poitou-Charentes en 2008 : 685 millions d’euros. Donc la votation ne représenterait que 0,3 % du budget mais ce n’est pas rien en ces temps de crise.

En réalité le principal problème pour Mme Royal est de trouver un sujet de la compétence du conseil régional et mobilisateur, ce qui n’est pas évident compte tenu de la complexité des compétences des collectivités territoriales. En cas de forte participation, c’est un succès pour elle, même si elle prenait position et qu’elle perdait. Elle serait une égérie démocratique. Elle serait la première à avoir franchi le pas en région.

Croyez en l’expert en démocratie locale : elle y songe et si elle attend une note sur ce sujet, qu’elle sache qu’il n’y a pas que le marais poitevin.

09.12.2008

L’intolérance est-elle une valeur de gauche ?

 

 

Les jeunes démocrates de la Haute-Garonne devaient organiser prochainement un débat au titre provocateur : « Le MoDem est-il trop à gauche ? ». Marche arrière au profit d’un thème pasteurisé. Dommage.

C’est un collègue et camarade, Jean-Charles qui a eu l’idée de cet intitulé du débat. Jean-Charles m’avait livré un jour une réflexion très intéressante : « L’intolérance, c’est une valeur de gauche ». Il avait eu à peine le temps d’étayer son opinion.

A première vue, il aurait tort : les grandes évolutions en ce qui concerne la liberté de pensée ou la liberté des mœurs ne furent-elles pas permises par la gauche ? Nous pouvons citer, en autres, la libéralisation de la radio et le PACS.

Pourtant, je rejoins Jean-Charles : l’intolérance est une valeur de gauche (quoique je crois que ce sentiment se retrouve partout).

Passons les coming out catastrophiques vécus par des potes alors que leurs mères les ont éduqués « comme des bonnes copines de gauche ». Passons les parents votant LCR au premier tour qui dirent à une collègue : « Tu vas quand même pas ramener un arabe à la maison ? ».

Ouvrons le débat autour du discours des partis de gauche. Celui-ci commence souvent par « Ensemble, contre… », « Pour s’opposer à… », « Luttons contre… ». On entend moins la droite dire « Cassons la gauche ». La droite parle à un ensemble de Français, mêlant haute bourgeoisie, artisans, commerçants, professions libérales et agricoles et ouvriers. Bien sûr, sa politique, dans les faits, privilégie la classe dominante.

Il a fallu attendre Nicolas Sarkozy pour qu’une ouverture se fasse dans le Gouvernement (alors qu’il disait que cette idée de Bayrou conduirait à la « IVème République »). Il a fallu attendre Nicolas Sarkozy pour une promotion des diversités ethniques.

On peut dire de tout ceci que « c’est du vent ». N’empêche, il le fait alors que le PS envoie au casse-pipe des candidats noirs ou originaires d’Afrique du Nord dans des circonscriptions de droite…

La gauche est intolérante. Elle ne vise pas le bien de l’ensemble des Français mais celui d’une partie de la population : fonctionnaires, professions intellectuelles, les travailleurs modestes (en théorie), les inactifs (en pratique).

Regardez tout le pataquès autour du débat sur une éventuelle alliance avec des « centristes » ! On avait l’impression d’être des néo-nazis complètement abrutis. Il manquait plus que Marie-George Buffet et sa « c’est la droite de Bérou » ! Au passage, j’espère que Bayrou n’a pas oublié que cela ne sert à rien de s’être libéré d’une tutelle de l’UMP pour en trouver une autre (qui lessive les communistes depuis plus de 20 ans).

La gauche a le droit de défendre ses intérêts et ses projets et elle le fait souvent efficacement au niveau local. Mais elle ne parle plus à la France entière. Cette dernière le lui rend bien.

27.11.2008

Bataille Royale entre le porte-avion Narcisse et la barque du Crapaud


Je matais cette vidéo sur le site du Figaro. Puis je me suis rappelé d’un titre d’une note de Luc dans mon Netvibes. Ni une, ni deux, allons voir ce que dit ce spécialiste de la com’. Aïe, ce dernier écrit :

« Bien des hésitations, bien des bégaiements, bien des sourires forcés, bien des postures pas naturelles, bien des regards vers la personne postée à côté de la caméra. Nous avons même le droit à un téléphone qui sonne, à une sortie improbable où nous voyons la Président de la Région Poitou Charentes sortir un ridicule "à très bientôt" sur le ton de l'amitié mais tellement grotesque de fausseté ».

Et bien moi, j’ai adoré. Difficile d’écrire après M. Mandret, je ne vais pas tenter de l’égaler mais je suis en désaccord avec lui.

Bien que je n’y connaisse rien, selon moi, la voix n’est pas monotone. Si c’est de l’impro, je trouve cela bon (impossible d’éviter les bégaiements en impro, n’importe quel prof, avocat ou comédien vous le dira). Si c’était préparé, je trouve cela encore meilleur car cela peut passer… pour de l’impro.

Classe, belle, souriante, amusante et déterminée. Elle prend des cours de diction, de théâtre peut-être. Elle progresse vraiment. Elle arrive même à se servir d’une main, les mains étant toujours les plus délicates à placer lorsqu’on parle. On a l’impression qu’elle livre le programme d’actions qu’elle entend mener en tant que… dirigeante du Parti Socialiste !

Selon moi, il est inutile de dire que quelqu’un est « naturel » car personne ne l’est quand il parle en public. En fait, au lieu de dire « naturel », on devrait dire « fidèle à un standard appréciable par une majorité ». Si je laissais paraître ma profonde nature, cela ferait fuir tout le monde. Les costumes ne rendent jamais naturels. Et le spectacle doit continuer. Une fois, j’ai appris une douloureuse nouvelle, la veille d’un cours. Si j’avais été étudiant, j’aurais pris 4 jours de « RTT » car j’aurais annoncé avoir « beaucoup de problèmes perso ! ». Et bien non, j’ai enfilé mon costard et je suis allé au charbon, tout simplement parce que je sais et parce qu’il est nécessaire de « ne pas être naturel ».

Au fond, le problème avec Mme Royal, c’est qu’on a du mal à être objectif. On l’adore, ou on la déteste (elle me rappelle quelqu’un).

24.11.2008

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents socialistes…

HPIM0349.JPG

 

Ah si seulement j’avais eu des parents socialistes ! Puisque le milieu familial influence les idées politiques, j’aurais pu, peut-être, être socialiste. J’aurais pu briller dans les dîners, j’aurais pu me vanter d’être le seul à cerner l’intérêt général, être celui qui défend la veuve et l’orphelin. Rigoureux, honnête et désintéressé par l’argent, j’aurais pu être un humaniste.

Le malheur fait que mes parents ne sont pas socialistes. Ce sont pourtant des gens merveilleux.

Papa approche de ses 60 ans : ancien cuisinier, restaurateur pendant 20 ans, il vendit son restaurant pour être serveur. A la retraite bientôt, parce qu’il a commencé à 14 ans. Une vie de labeur comme pas mal de Français.

Maman est comme beaucoup de femmes. Collaboratrice de son mari, elle reprend son premier métier (laborantine) à 55 ans, en allant par elle-même faire des stages en laboratoire (le métier ayant été bouleversé en 20 ans). Elle a deux CDD sur deux lieux différents mais arrive à se vendre : « Les enfants sont élevés » annonce-t-elle crânement.

Avec la victoire de Mme Aubry, j’ai tout de suite pensé à ma mère. Si je l’appelle maintenant, elle me dirait « Il faut vraiment être con pour qu’ils aient voté pour une telle connasse ! ».

J’avais beau lui expliquer que Mme Aubry était pour la baisse de la TVA sur la restauration, cette dernière resterait aux yeux des artisans, commerçants, professions libérales, la « Connasse des 35 heures ». Vous ne comprendrez jamais ces gens-là si vous n’avez pas évolué dans leur milieu. Ils font 35 heures en 2-3 jours. Quand je voulais aller faire signer, à mon père, les nombreux avertissement et heures de colle que l’on m’avait infligés, j’allais en cuisine car il bossait tout le temps. Je les ramenais à la vie scolaire, avec des tâches de tomate, de la farine ou parfois du chocolat.

Mes parents sont comme beaucoup de Français : surprenants en politique. De droite, ils votent parfois gauche, facilement au niveau local, plus difficilement au niveau national « Quand y’en a marre » par exemple en 1981.

Je me suis demandé comme j’avais pu être centriste depuis que j’ai des idées politiques. La réponse est peut-être celle-ci: la diversité de vote de mes parents au premier tour se retrouve chez moi au second. Toutefois, je serai incapable de voter comme eux (Maman a déjà voté Arlette puis Chirac ; Papa Robert Hue puis Chirac : ça vous fait sourire ? Beaucoup de français sont comme ça).

Ma mère avait prédit la présence de Le Pen au second tour. Elle est mon meilleur sondage à moi : je vais lui demander si c’est une chance pour le MoDem que ce soit Mme Aubry qui soit élue.

Mes parents n’aiment pas trop Ségolène Royal alors que moi, si. Pour ma mère « jamais les femmes voteront pour elle, surtout les vieilles » (C’est tout à fait exact, il suffit d’avoir fait un marché pour le constater) et puis « Les femmes sont des chipies, elle est trop belle pour elles ».

Au fait, c'est probablement la première fois, et sans doute la dernière, que je publie une photo de moi sur ce blog. Ca sera mon jeu du dimanche à moi.