21.10.2009
Corine Lepage mérite mieux qu’une Lepagemania®.
En 2002, j’hésitais à voter pour Mme Lepage pour finalement voter pour François Bayrou (mon autre hésitation portait sur Christiane Taubira). J’aime les gens de conviction. J’aime les petits tireurs rigoureux, les gens courageux qui sortent du bipartisme.
En tant que juriste, je peux vous affirmer que Mme Lepage est une des plus grandes juristes de droit de l’environnement, avec son époux. Leur cabinet, qui bénéficie d’une excellente réputation, marche si bien qu’ils payent l’impôt sur la fortune. Ce n’est pas une honte, mais plutôt un honneur puisqu’ils ont travaillé dur.
Les militants apprécient sa disponibilité, sa rigueur, son honnêteté. J’apprécie cette personne, sans sombrer toutefois dans la Lepagemania®. Celle-ci se retrouve sur les blogs, de sympathisants ou non du Mouvement Démocrate. La Lepagemania® se retrouve aussi auprès des juristes. Un ami me dit souvent « virez Bayrou pour Lepage et ça ira mieux » comme s’il suffisait de changer le capuchon d’un stylo pour que celui-ci écrive bien.
Heureusement, certains blogueurs ont enfin émis des doutes sur sa tactique politique : Chantal, Mirabelle et Hystérix (je dois avouer que son billet est très correct). Ils se sont tous fait engueuler sur leurs billets.
Mais il faut aller beaucoup plus loin qu’eux. La posture de Mme Lepage est inquiétante sur plusieurs points.
Premièrement, alors que vous êtes 90 % à vociférer quand on évoque le thème de l’UDF, parti pourtant mort, personne ne dit rien à propos de Cap 21 qui existe toujours. Pourquoi ai-je dû participer à la dissolution de mon parti alors qu’il n’en est rien pour Cap 21 ? Et l’adhésion à Cap 21 n’entraîne pas l’adhésion ipso facto au Mouvement Démocrate, me semble-t-il. D’ailleurs, allez voir le site de Cap 21, presque rien n’est dit sur le Mouvement Démocrate. Depuis le début, Cap 21 joue un jeu ambigu. Et c’est aussi peut-être pour cette raison, que la mayonnaise ne prend pas toujours. A Villepinte, lors du déjeuner, j’étais par hasard (enfin presque) assis à côté d’un responsable de Cap 21 (un des plus importants). Il m’avait dit qu’il n’en avait rien à cirer du Mouvement Démocrate. Il aurait même dit à « Corine », au cours d’une discussion : « A ton avis, pourquoi t’as perdu dans le 12ème ? » [NDLR : à cause du Mouvement Démocrate, pardi !].
Deuxièmement, Cap 21 récupère tous les déçus du Mouvement Démocrate. Personnellement, ça ne me gène pas, mais cela fait un peu « rapace ». Est-ce que le nombre d’adhérents a sensiblement augmenté ?
Troisièmement, Mme Lepage a été candidate à presque tout. Alors que beaucoup d’élus du Mouvement Démocrate se retrouvent harcelés (quand ils sont issus bien sûr de l’UDF), elle est épargnée alors qu’elle fut pourtant Ministre de l’environnement sous un gouvernement de droite.
Quatrièmement, je la trouve « ingrate ». Car je suis désolé, Cap 21, c’était « peanuts » bien que les 3-4 militants de Haute-Garonne venus au Mouvement Démocrate sont des gens souvent formidables. Toutefois, je suis d’accord avec leurs analyses sur la gouvernance du Mouvement Démocrate.
Cinquièmement, étant un environnementaliste convaincu, bien que ne plaçant pas l’écologie au centre de la vie sociale, je ne suis pas certain que toutes les personnes préoccupées par ces questions doivent baisser leur culotte devant Europe Ecologie. Certes, ces derniers vivent leurs heures de gloire et peuvent, peut-être, donner quelques miettes aux autres. Je suis un admirateur de Mme Duflot (je sais, je ne suis plus à une contradiction près) mais de là à cliver la société pour faire d’Europe Ecologie l’alpha et l’oméga de l’environnement… Je me méfie toujours des Verts, et les listes d’Europe Ecologie n’étaient pas parmi les plus vertueuses.
Bref, je doute de tout et en premier des vérités absolues. Cela vient du fait que je sois juriste moi-aussi. Je trouve cette Lepagemania® stupide, facile, manipulée et pour ainsi dire, sans aucun but politique.
Curieux destin que celui de Mme Lepage : personnalité brillante qui dérape parce que ses fans sont souvent des idiots ? Elle mérite mieux. Malheureusement, au Mouvement Démocrate, on ne sait pas utiliser les talents.
14:39 Publié dans Débats et réflexions têtarnisantes | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : corine lepage, bayrou, mouvement démocrate, udf, cap 21, europe ecologie, les verts, christiane taubira
11.09.2009
Le centre droit ne peut qu’approuver la vision de M. Bayrou.
Deux évènements alimentent ce billet : le discours de M. Bayrou et l’excellente émission « Mots Croisés » qu’il a provoqué le lendemain. Dans cette émission se trouvaient Messieurs Kahn, Besancenot, Peillon et Mesdames Duflot et Buffet.
Bien sûr, j’aurais aimé que la stratégie d’alliances variables en fonction des projets régionaux prédomine. Je la crois bonne. Mais comme M. Bayrou, je constate que les Français la désapprouvent. On ne peut pas faire des ânes des chevaux de course. Ils ont été éduqués au bipartisme, nourris au bipartisme ; le poids des habitudes sont trop fortes.
Bien sûr, j’insiste sur le fait que nous avons besoin des républicains de droite. Ils se réveilleront le jour où le joug sarkozyen s’affaiblira.
Bien sûr, je constate les différences de vision entre la gauche et nous, qui, faut-il le rappeler, ne sommes pas de gauche (sauf sur l’ancienne blogosphère modem, réduite à s’accoquiner avec les left blogs et les gros blogs pour linker et monter dans wikio).
Toutefois, lors de ce débat, j’ai donné raison à tout le monde sur certains sujets.
A M. Besancenot qui a affirmé qu’il ne servait à rien de promettre une chose pour la renier aussitôt au pouvoir, ce qui n’arrangera en rien la politique.
A Mme Duflot qui me plait de plus en plus. Elle a vraiment une vision claire et environnementaliste de la société. Elle insiste sur l’inutilité de désigner un candidat commun à la gauche sans programme commun (rappelons qu’on ne rentre pas là-dedans, François Bayrou reste bien notre candidat) et sur la nécessité de convertir la vieille industrie française qui est condamnée par avance.
A Mme Buffet, qui a le mérite de vouloir agir en plus de résister.
A M. Kahn, honnête, clair et vif. Il s’ouvre à l’ensemble des citoyens et s’attache plus à la raison qu’aux étiquettes politiques.
A M. Peillon qui a compris qu’il fallait une union si le but était de battre la droite.
Le mot est lâché : battre la droite. Comment un homme de centre droit peut-il vouloir cela ?
Tout simplement parce que, ce qui compte pour un homme ou une femme de centre droit, ce sont les valeurs. Et plus que la politique actuelle (soyons honnête, tout n’est pas bon à jeter), le centre droit rejette de telles valeurs, sauf à se compromettre comme le fait le PSLE. L’argent roi, la concentration, le clivage de la société, le manque de pudeur dans la jouissance, le traitement de l’information, les questions de sécurité et d’immigration, l’immixtion dans la vie privée des gens choquent les hommes de centre droit, en tout cas les libéraux.
Au fond, les gens comme moi qui ont voté pour Mme Royal ont été des précurseurs.
Nous n’avons plus le choix pour aujourd’hui et 2012 : discutons et on verra.
Après, vous ne manquerez pas de me dire « quand même, avec les communistes et pire ! ». Soit, et il est vrai que j’ai changé d’avis : avant je disais « hors de question », puis je me dis désormais que nous n’avons plus le choix. Tout simplement parce que la droite est en pleine forme. Et aussi parce que le Mouvement Démocrate ne pèse rien.
Vous pouvez me dire aussi « super, on a été les larbins de l’UMP avant la nouvelle UDF et now, c’est du PS ». Non, car il n’y a pas de « basculement ». C’est une stratégie qui évolue et j’espère qu’on gardera notre liberté de s’opposer aux choses qui nous paraissent mauvaises pour le pays. Au passage, quiconque qui a fait un marché depuis quelques années confirmera ceci : les militants PS n’agressent pas vraiment, alors que ceux de l’UMP sont puants.
Est-ce une tentative pitoyable de M. Bayrou pour rebondir, un hold-up ? Peut-être. Il va bien être obligé de dire que s’il ne passe pas le second tour, il appellera à voter pour le candidat de la gauche.
On a eu beaucoup d’espoirs. Les Français nous ont calmés. Soyons pragmatique. Ainsi, un autre mur de Berlin commence à se faire entre les gens de centre droit, ceux comme moi qui pouvons voter à gauche (et qui le font presque tout le temps au fond) et ceux qui ne peuvent pas. J’aimerais toujours discuter, agir avec les seconds mais nos stratégies sont trop opposées. Il nous reproche d’échouer, nous on tente. Eux, ils ont échoué. Je les aime mais je désapprouve leur manque d’audace. Ils m’aiment mais me trouvent utopistes.
Beaucoup de questions sont encore à débattre : quid des alliances locales avec des villes de droite aux municipales ? C’est gênant, on le sait bien. C’est ça être centriste. On veut rassembler ou aider au rassemblement des gens qui sont opposés par paresse intellectuelle ou par confort. Nous y sommes parfois arrivés dans l’histoire et le gouvernement actuel nous offre peut-être des conditions pour y parvenir de nouveau.
Rendus où on en est, c’est le destin qui domine, alors vogue la galère.
16:55 Publié dans Débats et réflexions têtarnisantes | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, mouvement démocrate, nouveau centre, bayrou, pcf, npa, ps, sarkozy
26.08.2009
Après nos bleus, la vie en rose ?
Ca s’agite sur la blogo au sujet du discours de Mme de Sarnez. Je l’ai écouté entièrement et j’ai lu quelques billets qui ont enrichi mes opinions. En tant qu’homme de centre droit, j’en pense le plus grand bien.
Comme l’Hérétique, je vous rappelle que l’UDF (version nouvelle) disait ça depuis le début Sauf que beaucoup n’y croyaient pas… Et Mme de Sarnez ne s’adressait pas au PS.
Comme Vincent, je me méfie du côté gadget car il faut bien un programme.
Les autres billets ne disent souvent rien d’intéressant intellectuellement et politiquement. Il y a ceux qui réclament ça depuis le début du MoDem puis qui râlent, ceux qui sont fâchés avec Bayrou après l’avoir encensé, ceux qui sont au PLSE et gueulent…
Sauf Chantal, qui a peur que le centre droit se barre. Hé bien non, chère Chantal, voilà comment on vote, nous les gens de centre droit : au premier tour, on vote centriste quand c’est possible, on est toujours fidèle. Au second tour, c’est plus compliqué. J’évoque l’électorat et non les élus car les élus de centre droit se barreront toujours pour être réélus.
En tout cas rien à voir avec les électeurs de centre gauche. Comme je l’ai déjà écrit, les électeurs de centre gauche « sont à la fidélité ce que le concours Miss France est à la philosophie. Au moindre prétexte médiatique ou de dîner de salon, cet électorat cherche un vote conforme à ses principes intellectuels intéressants mais utopiques : Mouvement Démocrate à condition qu’il soit à gauche, PS caviar ou encore les Verts quand ils décident de mettre la campagne dans la ville ».
C’est plus vers la fin du discours que Mme de Sarnez tend vraiment la main. Elle commet une facilité de langage en disant « mes chers amis ». Lorsqu’elle dit que ce qui nous rassemble avec ce courant du PS est plus fort que ce qui nous sépare, elle s’adresse à des républicains modérés. Du coup, ce discours pourrait très bien coller avec des républicains modérés de droite. Et tous les démocrates issus de l’UDF le pensent.
Quoi qu’il en soit, comme le dit Luc, la principale info est celle-ci : ce sujet va pourrir les UE du PS, ce qui n’a jamais cessé de m’amuser à défaut de me navrer.
17:37 Publié dans Débats et réflexions têtarnisantes | Lien permanent | Commentaires (27) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarnez, ps, espoir à gauche, mouvement démocrate, udf, psle, nouveau centre
11.06.2009
Après Bayrouth, les casques bleus UDF
« Bayrouth », voici le mot d’ordre de la blogosphère. Elle s’appuie en outre sur les « grands » analystes politiques des blogs politiques, qui croient que leurs blogs tiennent la route parce qu’ils singent le style journalistique.
Autant le dire, j’ai enfin pardonné à F. Bayrou et quand je vois souffrir quelqu’un, j’ai envie de le consoler. Une gifle puis un pépito, voilà ce qu’il faut aux satanés gosses…
L’avantage, pour une fois, est qu’on en avait oublié l’Union pour la Démocratie Française, véritable marronnier de nouveaux adhérents et blogueurs hystériques à la seule évocation de ce fantôme. Or, si les structures politiquent meurent, et c’est souvent salutaire, l’électorat demeure souvent.
L’électorat de centre droit a beaucoup de défauts, mais il a une qualité : sa fidélité.
Dans l’émission « C’est dans l’air », Pascal Perrineau, directeur du Cevipof a affirmé que, lors des élections européennes, c’était l’électorat traditionnel de l’UDF qui s’était mobilisé, en partie celui ayant voté Nicolas Sarkozy au second tour (ce qui fut une erreur au passage).
A vérifier et à confirmer. Mais si c’était vrai, cela signifierait deux choses.
Premièrement, l’UMP a siphonné les quémandeurs de Pur’Soup du Nouveau Centre mais pas l’électorat. D’ailleurs si le Nouveau Centre était parti seul aux européennes, il aurait fait un bide. Quoi qu’il en soit, les adhérents du Nouveau Centre avaient perçu avant tout le monde les travers de F. Bayrou.
Deuxièmement, on ne peut pas compter sur les électeurs de centre gauche. Je vise l’électorat de centre gauche et donc une grande partie de la blogosphère MoDem (sauf les derniers des Mohicans). Je les aime bien, je reconnais leurs qualités intellectuelles et humaines, mais ils ont un terrible défaut : ils sont à la fidélité ce que le concours Miss France est à la philosophie.
Au moindre prétexte médiatique ou de dîner de salon, cet électorat cherche un vote conforme à ses principes intellectuels intéressants mais utopiques : Mouvement Démocrate à condition qu’il soit à gauche, PS caviar ou encore les Verts quand ils décident de mettre la campagne dans la ville.
Au moindre prétexte « anti-démocratique » (la démocratie s’entendant bien sûr comme le fait d’être soi-même désigné), les militants de centre gauche crient au complot et trahissent à tout-va.
A la moindre attitude pragmatique, celle qui consisterait à changer le système en ayant le plus d’élus, ceci étant permis avec des alliances diversifiées, droite et gauche, les militants et l’électorat font preuve d’un sectarisme estomaquant ou d’un extrême centrisme déroutant. Je l’ai déjà dit : si on n’est pas capable de voter des deux côtés, allons au PRG ou au Nouveau Centre.
Au passage, si l’UDF avait un programme, des idées et que le MoDem passe pour ne pas en avoir, c’est qu’il ne faut pas débattre de ce que qui n’est pas « politiquement correct ».
Pourquoi l’électorat de centre-gauche est-il comme cela ? Mystère, demandons aux psychologues, politologues et sociologues. J’ai juste quelques idées : ce sont peut-être des parvenus nés dans la facilité et ils se sentent proches du peuple en votant à gauche pour se donner bonne conscience ? Ou ce sont peut-être des gens qui ont réussi en dépit de leur milieu d’origine, et ils rendent un hommage inconscient à leurs parents ? Nous le voyons bien autour de nous : la paresse intellectuelle fait que les gosses reprennent les idées de leurs parents, sauf par rébellion et sauf destin particulier. Entre le poids médiatique, l’influence des modes de scrutin et le conformisme des électeurs, la France a plus de chance de gagner à l’Eurovision que de voter démocrate.
Bref, bref, bref, malgré les œillades à gauche, la belle s’est encore dérobée sous nos yeux. Il est donc temps de retrouver nos premières amours : on aura changé entre temps, elle aussi mais le baiser du prince charmant réveillera la belle endormie.
16:36 Publié dans Bave du Crapaud | Lien permanent | Commentaires (42) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, mouvement démocrate, udf



